Le lundi 22 novembre 2004 à 20H15

Le Bel Indifférent de Jean Cocteau

mise en scène: Stéphanie De Luca
la femme:Céline Portet
l'homme(Emile): Philippe Delaunay
musique: Joëlle Esso.

au Théâtre du LUCERNAIRE
53, rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS.
M° Notre-Dame-des-Champs ou Vavin

Réservation indispensable:
- par téléphone au 06 07 15 75 26
- par email : lesvagamondes@hotmail.com

Emile n’a qu’une envie en rentrant chez lui cette nuit-là : lire tranquillement le journal.
Mais c’est sans compter la présence de sa compagne,
qui l’attend depuis des heures…

Cocteau tire d’une situation grotesque, une réflexion émouvante sur l’existence.

Le Bel Indifférent est une commande d’Edith Piaf.
Nous reproduisons ci-dessus, un extrait de l’autobiographie de la chanteuse, Au Bal de la Chance (1958).
« A Marianne Oswald, de qui le tour de chant provoquait, dans le promenoir des Folies-Wagram, des batailles qui se prolongeaient parfois jusque sur le trottoir, il avait donné deux inoubliables « chansons parlées », Anna la Bonne et La Dame de Monte-Carlo. (…)
Peut-être si je l’en priais, consentirait-il à me faire le grand honneur d’écrire quelque chose pour moi… Un jour je me risquais à le lui demander.- Naturellement, ajoutai-je, il ne s’agirait pas d’un grand machin… Je ne me vois pas dans une pièce en trois actes. Un seul me suffirait…
Je pensais, sans oser le dire, à la Voix Humaine et à l’incomparable Berthe Bovy. Ce qu’il m’aurait fallu, c’était quelque chose du même genre. Une Voix Humaine à ma mesure…A mon immense joie, l’idée ne parut pas déplaire à Cocteau.- Pourquoi pas ? Mais je te préviens, ne t’attends pas à y trouver des mots d’esprit et des images de poète. Ce sera un dialogue tout simple, écrit en « gros caractère » pour être compris de tous….
Ce fut le Bel Indifférent. (…) Et c’est un chef d’œuvre. »

Les Intentions de Mise en Scène

Une femme dit sa souffrance à un homme qui ne lui adresse même pas un regard. Comme si elle n’était pas là, comme si elle ne faisait rien. Son existence est niée à tel point qu’elle n’a pas de nom. Nous voulons faire ressortir à travers ce flot de paroles, le double jeu auquel elle doit avoir recours pour survivre. Elle se dévoile dans des moments de lucidité affirmée, puis se retire derrière une fragilité masquée, mais n’arrive jamais à paraître détachée.

Cette implication révèle une femme à la sensibilité à fleur de peau, écorchée vive. L’angoisse qui l’envahit l’empêche de tendre vers tout pragmatisme : elle menace mais est incapable de passer à l’acte, ce qui l’entraîne dans un enchaînement de situations drôles et cruelles.

Au flot de paroles s’oppose l’indifférence muette. La femme communique, parle, dit les mots, alors que l’homme se retranche dans le mutisme. Il ne s’exprime qu’à travers son corps, ses gestes, son attitude. Cet homme est la froideur même. Elle se met à nu et c’est lui qui se déshabille, elle affronte son indifférence, lui reste imperturbable. Sans vouloir faire un procès d’intention à la gent masculine, nous voulons, à travers cette pièce, écrite par un homme qui aimait beaucoup les femmes et connaissait très bien les hommes, montrer le jeu dominant dominé auquel se livrent deux êtres.

L’indifférent n’a pas de sentiment. Elle se persuade du contraire car la vérité serait trop humiliante. En effet, elle ne se voit exister qu’à travers lui. La peur de le perdre fait qu’elle s’efface derrière lui, elle va jusqu’à se prétendre coupable, responsable de cette souffrance. En fait à force d’humiliation, à force de se nier ainsi, c’est son identité qu’elle perd.

Pour évoquer cet univers, nous pensons à un décor à la fois sobre et familier. Sobre, par le mobilier, simple et minimaliste. Familier, par des détails montrant à quel point l’héroïne fait corps avec cette chambre qui est à la fois un refuge et une prison qu’elle arpente à longueur de nuit.

Pour la musique nous avons choisi les chansons douces et mélancoliques de Joëlle Esso (album Mungo).

Stéphanie DE LUCA

le mot du metteur en scène

 
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