| Les Intentions
de Mise en Scène
Une femme dit sa souffrance à un homme qui ne lui adresse
même pas un regard. Comme si elle n’était pas
là, comme si elle ne faisait rien. Son existence est niée
à tel point qu’elle n’a pas de nom. Nous voulons
faire ressortir à travers ce flot de paroles, le double
jeu auquel elle doit avoir recours pour survivre. Elle se dévoile
dans des moments de lucidité affirmée, puis se retire
derrière une fragilité masquée, mais n’arrive
jamais à paraître détachée.
Cette implication révèle une femme à la
sensibilité à fleur de peau, écorchée
vive. L’angoisse qui l’envahit l’empêche
de tendre vers tout pragmatisme : elle menace mais est incapable
de passer à l’acte, ce qui l’entraîne
dans un enchaînement de situations drôles et cruelles.
Au flot de paroles s’oppose l’indifférence
muette. La femme communique, parle, dit les mots, alors que l’homme
se retranche dans le mutisme. Il ne s’exprime qu’à
travers son corps, ses gestes, son attitude. Cet homme est la
froideur même. Elle se met à nu et c’est lui
qui se déshabille, elle affronte son indifférence,
lui reste imperturbable. Sans vouloir faire un procès d’intention
à la gent masculine, nous voulons, à travers cette
pièce, écrite par un homme qui aimait beaucoup les
femmes et connaissait très bien les hommes, montrer le
jeu dominant dominé auquel se livrent deux êtres.
L’indifférent n’a pas de sentiment. Elle se
persuade du contraire car la vérité serait trop
humiliante. En effet, elle ne se voit exister qu’à
travers lui. La peur de le perdre fait qu’elle s’efface
derrière lui, elle va jusqu’à se prétendre
coupable, responsable de cette souffrance. En fait à force
d’humiliation, à force de se nier ainsi, c’est
son identité qu’elle perd.
Pour évoquer cet univers, nous pensons à un décor
à la fois sobre et familier. Sobre, par le mobilier, simple
et minimaliste. Familier, par des détails montrant à
quel point l’héroïne fait corps avec cette chambre
qui est à la fois un refuge et une prison qu’elle
arpente à longueur de nuit.
Pour la musique nous avons choisi les chansons douces et mélancoliques
de Joëlle Esso (album Mungo).
Stéphanie DE LUCA
le mot du metteur
en scène |